Voyages botaniques en Touraine

Herborisations sur les communes de Champigny sur Veude, Chaveignes et Assay. les 21 et 22 août 1871

Le 20 août au soir, je me rendis à Niébled, Commune de Champigny sur Veude. Le lendemain matin, je quittai de bonne heure la maison qui m’avait abrité pendant la nuit. Je recueillis dans les champs calcaires situés au levant de Niébled, sur la Commune de Chaveignes : Teucrium botrys (1002) Diplotaxis muralis (75) , Diplotaxis viminea (76), puis dans les bois : Dianthus carthusianorum (158), Bupleurum tenuissimum (521), Polygonum convolvulus (1061), etc…

Des champs situés un peu au-delà du moulin de Verrières me fournirent en abondance : Myagrum perfoliatum (128) (complètement fructifié), Polygonum bellardi (1059) (id), puis dans des bois sablonneux : Linaria supina (877), Plantago arenaria (1014), etc…

Les coteaux situés entre les routes de l’Ile Bouchard et de Ste Maure me fournirent : Centaurea serotina Bor. (690) Centaurea scabiosa (693), Anthemis arvensis (676), Androsace maxima (796) fructifié, Koeleria cristata (1419), Phyteuma orbiculare (766), Astragalus mospessulanus (331), Bupleurum falcatum (523), Coronilla minima (374), Teucrium montanum (1005), Ononis columnae (277), Linum tenuifolium (216) Carduncellus mititissimus (713) (encore fleuri).

Sur la Commune de Champigny, au Nord-Ouest de la Ferrandière, - dans les champs : Anchusa italica (839) - sur des pelouses stériles (au dessus de Niollet) : Coronilla minima (374), Phyteuma orbiculare (766), Euphrasia… - dans les champs situés entre les coteaux et les prairies : Polygonum bellardi (1059), Diplotaxis muralis (75), - puis dans les fossés voisine de la Veude, près le moulin Achard : Hippuris vulgaris (476)

A Niébled même, dans les jardins, Digitaria ciliaris (1362) Poa megastachia (1435) Diplotaxis muralis (75), Diplotaxis viminea (76), et dans les près : Plantago major (1009) monstrueux.

Le lendemain 22 août, je quittai également Niébled de bon matin, et après avoir traversé le Mable, je recueillis dans les champs voisins de la Pataudière : Polychneum majus (1021), Diplotaxis muralis (75).

Plus loin, dans les champs sableux, voisins des bois : Oenothera biennis (464), Plantago arenaria. (1014) - Derrière le Parc de Champigny, sur la limite du Département de la Vienne : Allium oleraceum (1162), Euphorbia gerardiana (1078), Bupleurum tenuissimum (521) (bord du chemin à l’ouest du Parc* ). - dans des fossés : Teucrium scordium (1003) (à l’Ouest du Parc*), Samolus valerandi (801), Equisetum variegatum (non fleuri) (à la pointe N-O du Parc*) - puis dans des champs calcaires : Euphorbia falcata (1082), Euphorbia exigua (1083), Falcaria rivini (535), Passerina annua (1066) (au Nord du Parc*).

Sur la Commune d’Assay, des champs me fournirent : Diplotaxis muralis (75), Polygonum bellardi (1059) .

Sur les bords du Grand Etang de Champigny se trouvaient : Rapistrum rugosum (132), Sonchus maritimus (747), Phragmites communis (1386) (forme très grêle), et dans les marais d’Assay : Rapistrum rugosum (132) (plante glabre et fruits pubescents), Hydrocotyle vulgaris (516), Sonchus maritimus (747), Gentiana pneumonanthe (818), Oenanthe lachenalii (558) , Schoenus nigricans (1289), etc…

les annotations marquées * ont été ajoutées en marge par E.-H. Tourlet 

 

Herborisation dans les puys du Chinonais, au nord de Chinon

« La Colline » est l’un des « puys » du chinonais, buttes de sable et de grès calcaires, remarquables pour leur végétation, très connus des botanistes et depuis longtemps. Au 18ème siècle, Aubert du Petit-Thouars y avait observé l’une des raretés qui en font le charme : la Renoncule à feuilles de graminée, Ranunculus gramineus, dont le biotope d’origine est l’ouest de la zone méditerranéenne, par exemple les hauts plateaux espagnols. Les puys sont couronnés de bois de chênes pubescents et des pinèdes de pins maritimes. Le sommet de la Colline était occupé par une carrière encore très visible et la vigne poussait autrefois sur les versants (les pieds ont été abandonnés entre 1890 et 1950. Pour les pelouses et les friches, plus ou moins liées à la série de la chênaie pubescente, une étude de Robert Corillion et Jean-Mary Couderc parue en 1977 montrait que sur environ 200 taxa, 150 sont d’origine méridionale.

Herborisation du 6 mai 1870

Monsieur J. Delaunay, de Tours, devant venir faire une excursion sur les communes de Beaumont et de Chinon en compagnie de Monsieur Barnsby, directeur du Jardin des plantes de Tours et de Messieurs Boutineau et Viollet, internes à l’hospice, je fis le 6 une excursion préparatoire afin de m’assurer de la station exacte de certaines plantes que je n’avais point vues depuis plusieurs années. C’est dans cette course que je recueillis pour la première fois à la Colline, sur la commune de Chinon : Ranunculus gramineus, Carex humilis [tous deux] fort abondants et en très bon état, et sur les rochers des coteaux des Coudreaux, sur la commune de Beaumont, Ranunculus gramineus, également en pleine floraison. Le Pyrethrum corymbosum ne montrait encore que des feuilles radicales. Au moulin de Beau-Puy, sur la commune de Beaumont-en-Véron : Ranunculus gramineus, Carex humilis, Helianthemum canum, etc…

 

Herborisations dans la vallée et la garenne de Basse, à l’est de Chinon

La vallée et la garenne de Basse étaient, du temps de Tourlet, renommées pour leur végétation. En 1810, le botaniste et médecin angevin Toussaint Bastard y avait récolté de nombreuses plantes rares. Dans les années 1860, Alexandre Boreau, directeur du Jardin botanique d’Angers, et l’abbé Coqueray, botaniste tourangeau, étaient rentrés d’une excursion en ces lieux « émerveillé de la riche moisson qu’ils y avaient faits ». Ils pensaient que cette localité serait toujours « précieuse pour les botanistes, car le sol n’est qu’un sable calcaire qui sera toujours rebelle à la culture ». Le jeune Tourlet y fera de multiples herborisations qu’il prolongera souvent un peu plus au nord dans le bois de Grammont, autre centre d’intérêt botanique (il fut le premier à y découvrir Ranunculus gramineus). De nos jours, l’urbanisation tend à envahir la vallée ; quant à la Garenne (à l’est de la vallée), elle est mise en partie en culture et ne ressemble guère au plateau couvert de landes qu’ont connu les botanistes du 19ème siècle.

Herborisation du 8 mai 1863

 Le 8 mai, je traversai de l’Est à l’Ouest la partie du bois de Grammont située au couchant de la ferme de Grammont. C’est dans cette partie du bois que se trouvent cantonnées les plantes les plus remarquables. J’y observai d’abord Anemone pulsatilla, Primula officinalis, Pimula grandiflora, Arabis gerardii, Hippocrepis comosa, Orobus tuberosus, Potentilla vaillantii, Viburnum lantana, Vicia sepium, Euphorbia amygdaloïdes, Pedicularis sylvatica, Aquilegia vulgaris, Helianthemum vulgare, Helianthemum pulverulentum, Euphorbia pilosa, Veronica prostrata, Globularia vulgaris, plusieurs Polygalées et quelques autres espèces que l’on rencontre çà et là ailleurs aux environs de Chinon. Mais une plante qui devait à jamais fixer dans ma mémoire le souvenir de cette petite excursion vint bientôt frapper mes regards. D’innombrables Ranunculus gramineus mêlés à quelques Carex nitida formaient un magnifique tapis près du sentier que je suivais. Un peu plus loin, je rencontrai Saxifraga granulata, assez rare aux environs de Chinon, puis de nombreuses Pulsatilles. Je pénétrai alors dans un fourré où je recueillis une plante dont la présence à Chinon est tout à fait extraordinaire, c’est le Biscutella laevigata découvert dans ce bois en 1854 [par Coqueray, en présence de Boreau]. Ma provision faite, je me dirigeai vers le midi. Cette partie du bois aux bords du sentier me fournit Lithospermum purpureo-coeruleum, Ophrys aranifera, Helianthemeum pulverulentum, Arabis gerardii, Veronica prostrata, et autres plantes observées dans d’autres partie du bois.
La découverte de Ranunculus gramineus dans le bois de Grammont est d’autant plus curieuse que cette plante avait été indiquée aux environs de Chinon vers la fin du siècle dernier par Aubert du Petit-Thouars. Aucun botaniste ne l’ayant rencontrée depuis cette époque, on en avait conclu qu’elle n’existait probablement plus à l’endroit où du Petit-Thouars l’avait recueillie, ou bien qu’elle y avait été indiquée par erreur. Ma découverte du 8 mai, tout en confirmant l’existence de cette plante à Chinon, laisse encore dans le doute l’indication du Petit-Thouars. En effet, je suis convaincu que si réellement ce botaniste a recueilli à Chinon le Ranunculus gramineus, ce n’est point dans le bois de Grammont : parmi les plantes qu’il mentionne aux environs de Chinon, on ne voit point figurer un certain nombre d’espèces notables qui croissent dans la  même localité que cette Renonculacée et qu’il n’aurait pu manquer d’observer et de signaler en même temps.

Herborisation du 5 juin 1863

Le 5 juin, en me dirigeant vers la vallée de Basse, je recueillis sur les murs qui bordent la route de Cravant : Festuca tenuiflora, - rigida, uniglumis, - pseudo-myuros ; Bromus maximus, - arvensis, - sterilis, - tectorum ; Linaria supina, Medicago minima, et sur les bords d’un fossé, Calamintha acinos (var. à fleurs d’un blanc légèrement rosé).Les bords du ruisseau de Basse offraient quelques sujets de Glyceria sp., Poa trivialis, Juncus bufonius, Stachys sylvatica, Valeriana officinalis, Medicago apiculata, Lathyrus pratensis, Astragalus glycyphyllos, Lepidium campestre.
Je quittai le ruisseau à l’endroit où les sables coquilliers se montrent sur le coteau de la rive gauche. Là, se trouvaient : Globularia vulgaris, Veronica prostrata fructifié, Aceras hircina, Aceras pyramidalis [Anacamptis pyramidalis], Ophrys aranifera, Galium nitidulum [G. pumilum], Diplotaxis muralis, Euphorbia gerardiana, Brachypodium pinnatum, Bromus erectus, Bromus  tectorum, Bromus maximus, Festuca pseudo-myuros, Linaria supina, Silene conica, Alsine setacea, Teucrium montanum, Orobanche teucrii, Linum tenuifolium, Koeleria gracilis, Thesium humifusum, Carex nitida, Sedum anopetalum non fleuri, Helianthemum procumbens, Helianthemem pulverulentum, et dans la lande voisine : Koeleria cristata, Anemone pulsatilla, Danthonia decumbens, Avena sulcata.
En suivant le bord du coteau, je recueillis dans les champs : Asperula arvensis, Falcaria rivini non fleuri, Aira caryophyllea, Aira multicaulis, Aira aggregata, Festuca sciuroïdes, Festuca pseudo-myuros. La vaste lande qui couvre le sommet du coteau me fournit d’innombrables Agrostis setacea et quelques sujets de Plantago coronopus, Trifolium striatum, Trifolium glomeratum, Spergularia rubra, Hypericum humifusum, Rosa agrestis.
Une pelouse située à l’extrémité sud de ce coteau près la route de Cravant (coteau de Malveau (entre le moulin et la ferme de la Chaboissière, était couverte de Coronilla minima et de Thesium humifusum. L’Asplenium ruta-muraria y croit sur les rochers.
Les bois qui s’étendent au dessus de Givray, depuis la lande jusqu’aux champs de la vallée, offraient alors une belle végétation. On y voyait en abondance : Arabis gerardii, Anemone pulsatilla fructifié, Aceras pyramidalis, Orchis montana, Limodorum abortivum, Cephalanthera rubra, Silene nutans, Hypericum montanum non fleuri, Geranium sanguineum, Melampyrum cristatum, Hippocrepis comosa, Mellitis grandiflora.

Herborisation du 12 juin 1864

Sur les bords de la route de Chinon à Cravant (commune de Chinon) : Rosa stylosa, Melica magnolii, Tordylium maximum, Ononis natrix, Geum urbanum, Geranium minutiflorum, Festuca pseudo-myuros. Dans les champs : Bromus maximus, Specularia speculum, Odontites verna, Valerianella hamata et auricula, etc…
Sur le coteau de Malveau (entre le moulin à vent et la Chaboissière) : Diplotaxis muralis, Linaria supina, Medicago minima, Stachys recta et annua, Sedum anopetalum, Veronica prostrata (fructifié), Teucrium montanum et chamaedrys, Dianthus prolifer, Arabis gerardii, Hippocrepis comosa, Silene otites, Carex nitida (fructifié), Helianthemum vulgare, Helianthemum procumbens, Helianthemum pulverulentum, Helianthemum guttatum, Alyssum calycinum, Linum tenuifolium, Linum catharticum, Euphorbia gerardiana, Poterium stenolophum [Sanguisorba minor], Scleranthus annuus, Calamintha acinos, Salvia pratensis, Micropus erectus, Coronilla minima, Plantago coronopus, Trifolium striatum, Trifolium scabrum, Trifolium minus Smith [T. dubium], T. schreberi Jord. [T. campestre], Lathyrus sphaericus, Torilis nodosa, Papaver argemone, Filago montana [Logfia arvensis] et Filago spathulata [Filago pyramidalis], Ononis columnae, Bupleurum aristatum, Euphorbia exigua, Arenaria leptoclados, Koeleria gracilis, Brunella alba, Kentrophyllum lanatum, Tragopogon major, Ajuga chamaepitys, etc.Dans les champs voisins : Saponaria vaccaria.
Je gagnai la Vallée de Basse en traversant les bois qui couvrent la pente du coteau au dessus de Givray. Ces bois étaient ornés d’Hypericum humifusum, Linum tenuifolium, Avena sulcata, Briza media, Trifolium ochroleucum, Brunella alba, Melampyrum cristatum, Mellitis grandiflora (fructifié), Euphorbia amygdaloides, Geranium sanguineum, Phleum boehmeri, Aceras pyramidalis [Anacamptis pyramidalis], Ophrys apifera, Limodorum abortivum, Cephalanthera rubra, puis sur la lisière des bois : Coronilla varia, Galium sylvestre [G. pumilum] et nitidulum [forme de G. pumilum]. Dans les champs de la vallée de Basse : Neslia paniculata, Valerianella hamata, Medicago apiculata, etc…

Herborisation du 9 juillet  1864

Garenne de Basse : Ononis natrix, Euphorbia gerardiana, Silene nutans (fructifié), Phleum boehmeri, Koeleria gracilis, Teucrium montanum et chamaedrys, Helianthemum vulgare, - procumbens, - pulverulentum, des formes de l’Helianthemum vulgare à fleurs d’un jaune très pâle et d’autres à fleurs tout à fait blanches, Sedum anopetalum, Carex nitida, Silene otites, Echinopermum lappula, Anemone pulsatilla, Micropus erectus, Arabis gerardii, Aceras pyramidalis (fructifié), Orobanche minor (desséché) et hederae, Limodorum abortivum (fructifié), Andropogon ischaemum, Iris germanica (certainement planté, même depuis peu), Melampyrum cristatum, Iris foetidissima, Rubia peregrina, Lathyrus neglectus, Lithospermum officinale, Campanula glomerata, Asplenium adiantum-nigrum, - trichomanes, Polypodium vulgare, Inula conyza, Coronilla varia, Orobus niger, Geranium columbinum, Festuca ciliata (fructifié), Avena pubescens et flavescens (fructifié), etc.
Les champs situés au midi de la garenne de Basse étaient ornés de : Tragopogon major, Bromus maximus, Plantago arenaria, Diplotaxis muralis, Ajuga chamaepitys, Poa compressa, etc. Les champs situés de l’autre côté de ce bois, entre la garenne de Basse et les bois de Grammont présentaient çà et là : Saponaria vaccaria, Echinospermum lappula, Bupleurum rotundifolium, Diplotaxis muralis, Linaria supina, Valerianella hamata, etc, et au bord des chemins : Conium maculatum, Leonurus cardiaca, Carduus tenuiflorus, Tordylium maximum, Malva sylvestris (flore alba).
Un escarpement stérile situé sur la lisière du bois de Grammont était couvert d’innombrables Silene otites, Alsine setacea, Sedum anopetalum. Plus loin, dans les fonds de Basse, se trouvaient, sur la commune de Chinon : Eupatorium cannabinum, Epilobium hirsutum, etc. Sur la commune de Cravant : Malva moschata, Spiraea ulmaria, Epilobium hirsutum. Sur celle de St-Benoît : Thlaspi arvense, Hyoscyamus niger, Malva moschata, Cynoglossum officinale, etc. Près de là, un pré marécageux situé à droite du chemin allant à la ferme de la Gouaillerie était orné d’innombrables Ranunculus flammula, Carum verticillatum, Lotus uliginosus, Juncus conglomeratus, Juncus obtusiflorus et acutiflorus, Cirsium anglicum, Epipactis palustris, Orchis conopsea, - incarnata, - traunsteineri. Achillea ptarmica, Cirsium palustre, Lythrum salicaria, Spiraea ulmaria, Lathyrus pratensis, Epilobium intermedium Melat, Chlora perfoliata, Calamagrostis epigeios, Festuca coerulea, Samolus valerandi, Ranunculus flammula, Equisetum palustre, et sur le bord des bois voisins : Lobelia urens, Laserpitium asperum, Hypericum montanum, Peucedanum gallicum, Orobus niger, Convallaria maialis, etc.
Mais la main de l’Homme a déjà modifié la végétation primitive de cette belle localité. Des tranchées ont été pratiquées en plusieurs endroits et des parties d’un pré jadis marécageux sont déjà desséchées. Aussi y voit-on, au milieu des plantes mentionnées plus haut, Erigeron canadense, Echinospermum lappula, Carduus tenuiflorus, Linaria striata, etc… Il est probable que, dans quelques années, la physionomie de ces lieux aura bien changé. On n’y retrouvera plus le Carum verticillatum, ni le Juncus obtusiflorus, ni le Samolus valerandi, ni cette belle série d’Orchidées qui aujourd’hui font la parure de ces prés. Ils seront transformés en culture et auront subi le triste sort de ceux où Bastard dit avoir recueilli vers 1810 l’Orchis odoratissima.
C’est en me livrant à ces tristes réflexions que je gagnai les bois situés de l’autre côté du chemin entre Grammont et la Gouaillerie (toujours commune de St Benoit). J’y recueillis le Silene nutans (alors fructifié), l’Hypericum montanum, le Dianthus carthusianorum, le Trifolium ochroleucum, le Geranium sanguineum, l’Orobus niger (fructifié) ; puis sur une pelouse découverte : Teucrium montanum, chamaedrys, Helianthemum vulgare, H.  procumbens, Hippocreopis comosa, etc. Sur les bords d’une mare alors asséchée se trouvaient : Calamagrostis epigeios, Vitis vinifera, Eleocharis…, et plus loin : Inula salicina, Leontodon hispidus, Arabis gerardii, Sorbus domestica, Danthonia decumbens, Simethis bicolor (fructifié), Agrostis setacea, et Avena sulcata (égalementfructifiés).Dans une partie plus humide, non loin de la ferme de Grammont se trouvaient : Lobelia urens, Cirsium anglicum, Erica tetralix, Carum verticillatum, Scorzonera plantaginacea, Juncus acutifolius, Serratula tinctoria, Festuca uniglumis, Lotus uliginosus, Lonicera periclymenum, etc.

 

Herborisations dans le Richelais

Le patrimoine floristique des communes de Chaveignes et de Champigny-sur-Veude était au temps d’Ernest-Henry Tourlet d’une exceptionnelle richesse. Ce dernier commence à y prospecter en 1862, à l’âge de 19 ans : il récolte la rare Astragale de Montpellier sur les pelouses arides et les rochers calcaires qui dominent le bourg de Chaveignes. C’était alors toute une expédition d’aller de Chinon à Richelieu (le train n’y arrivera que dans les années 1880) mais, à partir de 1870, il peut séjourner dans une propriété qui lui vient sans doute de sa femme (Il s’est marié en 1869), au lieu-dit Niébled, près du Mable, sur la commune de Champigny-sur-Veude,

Herborisation du 13 août 1862

Au matin, sorti de Richelieu par la route de l’Île-Bouchard, je me dirigeai vers la Férandière en suivant cette route jusqu’à la jonction avec celle de Ste Maure. Je recueillis d’abord aux Îles Vertes, le Teucrium scordium, le Cynodon dactylon ; un peu plus loin, les bords de la Veude étaient ornés d’Angelica sylvestris, de Cyperus longus, de Phragmites communis, de Lythrum salicaria etc. Dans un fossé, sur la lisière du bois qui borde la route, se trouvaient : Malva alcea, Melilotus altissima, une Menthe voisine de M. wolvertiana Sch., et dans les champs Chlora perfoliata [Blackstonia perfoliata], Ononis natrix.
J’eus bientôt parcouru les quatre kilomètres qui me séparaient du but de mon excursion. Arrivé au lieu de jonction des routes de l’Île-Bouchard et de Ste-Maure, je quittai la route pour entrer dans les champs qui s’étendaient sur la pente du coteau. J’y recueillis d’abord l’Iberis amara, la Passerina amara, la Nigella arvensis etc, et je remarquai bientôt une plante qui m’était inconnue et dont les feuilles composées et toutes radicales formaient sur la terre d’innombrables touffes d’un beau vert. Cette plante est assurément l’une des plus communes de ces champs et je ne tardai pas à la saluer du nom pompeux d’Astragalus monspessulanus à la vue de ses hampes desséchées portant des grappes de légumes, alors parvenus à maturité.
J’aperçus bientôt une éminence de 5 ou 6 mètres de hauteur, c'est-à-dire le tertre de la Férandière. Le Phyteuma orbiculare, le Coronilla minima, le Teucrium montanum, le Teucrium chamaedrys, l’Helianthemum procumbens, le Globularia vulgaris, le Linum tenuifolium (fructifié) ; le Bupleurum falcatum, le Juniperus communis s’y mêlaient aux innombrables Astragalus monspessulanus. En rentrant en ville, je recueillis le Diplotaxis muralis, Caucaulis daucoides, Helianthemum guttatum, Chlora perfoliata, Euphobia gerardiana.

Herborisations des 7-10 mai 1870

Le 7 mai 1875, parti de la maison de Niébled, je recueillis dans les champs entre la Garennerie et la Pellegoussière : Calepina corvini [C. irregularis], Erysimum orientale, puis à la Pellegoussière, sur les bords du Mable : Anthriscus sylvestris. Dans les champs qui bordent la route de Richelieu à Champigny : Neslia paniculata, Erysimum orientale, Valerianella eriocarpa, - olitoria [locusta], - carinata. Dans les bois situés entre cette route et le cours du Mable : Myosotis hispida [M. ramossissima], Potentilla vaillantii, Aira praecox, Teesdalia iberis [T. nudicaulis], Ophrys aranifera [O. sphegodes], et dans les parties les plus ombragées : Lonicera xylosteum, Polygonatum multiflorum, Neottia nidus-avis, Ranunculus auricomus. En rentrant à Niébled, je constatai la présence de Calepina corvini au pied du mur et dans les champs situés dans le voisinage de la maison de Niébled sur la commune de Chaveignes.
           
Le 8 mai, parti de la maison de Niébled, je recueillis dans les champs situés vis-à-vis Niébled du coté du Levant et sur la commune de Chaveignes : Valerianella eriocarpa, - carinata, - olitoria [locusta], Neslia paniculata, Calepina corvini [C. irregularis], Adonis flammea, Galium tricorne [G. tricornutum], Festuca tenuiflora [Vulpia unilateralis], Reseda phyteuma. Je traversai rapidement les bois où je ne remarquai rien de notable, je passai la Veude au moulin de Verrières, puis je cueillis dans les champs sablonneux : Myosotis versicolor [M. discolor], Muscari comosum à fleurs blanches, Ornithopus compressus, Linaria supina, puis dans les champs calcaires : Veronica praecox, Coronilla scorpioides, Fumaria vaillantii. Dans les bois qui bordent la grande route de Richelieu à l’Île Bouchard, Ophrys aranifera [O. sphegodes], Astragalus glycyphyllos, puis dans les champs : Myagrum perfoliatum. Dans les lieux incultes : Euphorbia gerardiana [E. seguierana], Medicago minima, Alyssum calicinum [A. alyssoides]
Sur la commune de Courcoué : dans les champs : Medicago minima, Linaria supina, Diplotaxis muralis, Festuca tenuiflora [Vulpia unilateralis], Veronica praecox, Valerianella eriocarpa ; dans les bois de Varennes-Bouées : Orchis morio à fleurs roses et à fleurs blanches, Potentilla vaillantii [P. montana], Polygala vulgaris, P. calcarea, Anthoxanthum villosum [A. odoratum] ; dans les champs qui occupent la pente du coteau au dessus de la route de Ste Maure : Veronica praecox, Valerianella eriocarpa, Ranunculus parviflorus,; dans les champs qui occupent la pente du coteau au dessus de la route de Sainte-Maure : Veronica praecox, Valerianella eriocarpa, Ranunculus parviflorus, Diplotaxis muralis, Diplotaxis viminea, Fumaria vaillantii, Capsella rubella, Neslia paniculata, Falcaria rivini ; dans les vignes qui occupent le sommet du coteau : Androsace maxima ; sur un talus inculte : Coronilla minima, Centaurea (desséché : tiges de l’an dernier).
Dans le voisinage de la Persillère, je rentrai sur le territoire de la commune de Chaveignes où je recueillis sur les bords d’un sentier au dessus de la Persillère : Astragalus monspessulanus, Polygala  calcarea ; Dans les champs sableux près du château de la Persillère : Hypochaeris glabra, Linaria supina.

Le 9 mai, je récoltai dans les champs calcaires qui entourent le Portail, commune de Lémeré : Festuca tenuiflora, Fumaria vaillantii, Coronilla scorpioides. Dans le bois de Peloi : Polygala calcarea, Carex halleriana, Epipactis ensifolia. Dans la vallée de la Veude : Ranunculus sp et Hippuris vulgaris (dans les eaux des fossés), Ranunculus sceleratus et Anthriscus sylvestris (dans les près humides des deux rives de la Veude sur les communes de Lemeré et de Ligré).

Le 10 mai au matin, parti de la maison de Niébled, je me dirigeai vers le Moulin Allion. En traversant les champs situés entre Niébled et les bois qui sont au levant de la Pellegoussière, je recueillis (sur la commune de Champigny) : Fumaria vaillantii, Silene conica, Valerianella eriocarpa, Alyssum calycinum ;dans les bois : Ranunculus chaerophyllus, Potentilla vaillantii, puis dans les fossés entre les bois et la Veude sur la commune de Chaveignes : Carex stricta, Valeriana dioica, Equisetum limosum, Hottonia palustris, Hippuris vulgaris, Menyanthes trifoliata ; dans les champs situés entre la Veude et la route de Chaveignes à Champigny (commune de Chaveignes) : Silene conica, Vicia lutea, Linaria supina, Fumaria vaillantii ; sur la commune de Champigny : Vicia lutea.
Je passai de nouveau la Veude et je me dirigeai vers Niébled en récoltant dans les champs et les bois sableux situés au levant de la Pellegoussière, sur Champigny : Polygala calcarea, Ornithopus compressus, Vicia lathyroides (fructifié), Hypochaeris glabra, Valerianella eriocarpa, Euphorbia gerardiana, Artemisia campestris, Ranunculus chaerophyllos, Teesdalea iberi, Vicia lutea, Valerianella hamata. Puis, sur la commune de Chaveignes : dans les bois situés au levant de Niébled : Ornithopus compressus, Artemisia campestris ; dans les champs : Diplotaxis viminea, Stellaria media, Stellaria neglecta, Veronica praecox, Reseda phyteuma, Ajuga chamaepitys, Neslia paniculata, Coronilla scorpioiodes, Adonis flammea, et enfin : Calepina corvini près de la maison de Niébled.
Le même jour, après déjeuner, je visitai les bois du coteau situés sur la commune de Champigny, entre la Pataudière et Richelieu. En m’y rendant, je remarquai dans les champs de la commune de Champigny : Falcaria rivini, Calepina corvini, Neslia paniculata, Diplotaxis muralis, Valerianella microcarpa, Fumaria vaillantii, Vicia lutea, Myosotis hispida, Asperula arvensis. Dans les bois du coteau, je récoltai : Ornithopus compressus, Euphorbia gerardiana, Potentilla vaillantii, Orchis bifolia ? (non fleuri), Orchis mascula, Polygala vulgaris, Oenothera biennis (feuilles radicales), Orchis fusca, Trifolium rubens (feuilles) Prunus sp (jeunes fruits), Potentilla vaillantii, Astragalus glycyphyllos, Ornithogalum umbellatum, Polygonatum vulgare, Ruscus aculeatus. Dans les champs voisins des bois sur la commune de Richelieu : Alyssum calycinum, Specularia hybrida, Alsine laxa, Veronica praecox, Ornithogalum umbellatum, Herniaria hirsuta, Fumaria vaillantii.

 

Herborisation Au nord de Bourgueil

Herborisation du 6 mai 1872

Le lundi 6 mai, la voiture de Chinon à Port Boulet me conduit sur les bords de la Loire. Après avoir traversé le fleuve, je recueille sur les bords de la route qui conduit à la gare : Ajuga genevensis, Cerastium arvense, Jasminum fruticans (planté). Le Milium scabrum [M. vernale, ssp scabrum] qui croît sur les talus de la route non loin du pont a déjà complètement terminé sa végétation. A la gare même, sur le bord d’un pré, je récolte les rameaux femelles de Salix alba.
Peu de temps après mon arrivée, le train venant de Tours amène Messieurs Dumas [Ingénieur nantais des Ponts-et-Chaussées venu en Touraine pour conduire les travaux de reconstruction du viaduc de Cinq-Mars] et Chambert [officier de l’armée retiré en Touraine] auxquels je dois me joindre pour explorer les environs de Bourgueil. Monsieur Chambert, alors souffrant, prend une voiture qui le conduit à Bourgueil pendant qu’en compagnie de Mr Dumas, je parcours la vallée de la Loire en recueillant sur les bords même de la grande route Cerastium arvense, Lamium incisum [L. hybridum], etc. Les bords des fossés qui longent la route nous offrent Cirsium eriophorum non fleuri, Carex riparia, Polygala vulgaris, Cardamine hirsuta et parviflora fructifiés, et dans les parties les plus sèches : Lathyrus sphaericus, Tragopogon porrifolius qui parait parfaitement naturalisé. Nous y cherchons en vain Polygala comosa indiqué par Mr Delaunay dans les prés voisins de gros saules qui sont à droite de la route, aux deux tiers du chemin environ. Ce pré nous fournit Ruta graveolens non fleuri, et sans doute échappé d’un jardin.
Nous arrivons enfin à Bourgueil où Mr Chambert nous attend sur la route, à l’entrée de la ville. Nous partageons nos récoltes avec ce botaniste, et bientôt nous nous dirigeons vers le bois de Vaux. Chemin faisant, nous recueillons, encore sur le bord de la grande route, Galium spurium, puis dans des champs à gauche : Adonis autumnalis déjà fleuri. Les bords du chemin nous offrent partout le Capsella rubella et C. bursa-pastoris, puis Carduus tenuiflorus, Hyoscyamus niger, Alchemilla [Aphanes] arvensis, Hypochaeris glabra, Potentilla verna [P. tabernaemontana], Trifolium striatum.
Nous arrivons enfin au Bois de Vaux où nous recueillons Carex sylvatica, - riparia, - remota, Endymion nutans avec une belle forme à fleur blanche, Asperula odorata, un Geranium sans doute introduit (G. nodosum L.), Veronica montana, Arenaria trinervia, Hesperis matronalis sans doute introduit, Polygonatum vulgare et multiflorum, Convallaria maialis. L’Adoxa moschatellina, le Chrysosplenium oppositifolium sont déjà fructifiés. Le Vinca minor offre encore quelques fleurs. L’Osmonde et la Fougère femelle commencent à montrer leurs fructifications. Le Digitalis purpurea, très abondant dans le bois, n’est pas encore fleuri, non plus que le Lactuca [Mycelis] muralis qui croît sur les bords de la route de St-Nicolas, au sortir du bois. Vis-à-vis de la station de Lactuca, de l’autre coté du chemin, se trouve une petite forme d’Erysimum cheiranthoides, alors fleuri. 
Il est déjà midi, et il nous reste à explorer une localité intéressante distante de Bourgueil de 6 kilomètres environ ; c’est la Motte-ronde. Il faut donc songer à déjeuner. Mr Dumas, dans l’espoir de montrer l’Ornithogalum nutans, traverse les vignes situées au Nord du bois de Vaux et revient à Bourgueil en suivant le grande route, mais sans voir l’Ornithogalum. Cependant, Mr Chambert et moi, nous suivons le chemin qui conduit directement du bois de Vaux à Bourgueil et nous sommes étonnés de voir sur le bord du chemin un magnifique pied d’Hyoscyamus qui nous avait échappé en allant au bois de Vaux. Nous en prenons un échantillon pour savoir au juste à quelle espèce le rapporter. Son feuillage, plus pâle que celui de l’H. niger, ses feuilles à pointe un peu moins allongée, ses corolles d’une couleur jaune pâle uniforme, non veinées, nous donnent à penser que c’est une espèce différente. L’examen de cette plante à mon retour à Chinon me fait reconnaître en elle l’Hyoscyamus pallidus Kitt.  que la plupart des auteurs ne considèrent que comme une forme de l’H. niger à corolle d’un jaune pâle uniforme non striée. 
Nous arrivons à Bourgueil avant Mr Dumas et en attendant son retour nous faisons préparer le déjeuner. Nous déjeunons rapidement et aussitôt après, une voiture nous emmène dans la direction de la Motte-ronde, en suivant le coté gauche de la vallée. Chemin faisant, nous nous arrêtons au bas du coteau à Sigrolles. Nous suivons un sentier qui nous mène à une carrière abandonnée où nous faisons une bonne récolte d’Orchidées. L’Orchis simia y est très abondant et s’y mêle à l’Ophrys aranifera [O. sphegodes], à l’Ophrys myodes [= O. muscifera] et au rare Ophrys pseudo-speculum DC [O. litigiosa] découvert dans cette localité quelques jours auparavant par Mr Dumas. Nous y trouvons aussi Arabis gerardii, Alsine laxa [Minuartia hybrida].
Nous nous dirigeons vers la lande qui occupe le sommet du coteau et que nous trouvons couverte de Genista anglica, Teesdalia iberis [nudicaulis], Anemone montana [Pulsatilla rubra], Ranunculus chaerophyllos [R. paludosus], Avena sulcata [Avenula sulcata]. Quelques brins desséchés de Plantago carinata [P. holosteum] nous indiquent l’existence de cette plante qui au mois de juin doit être très abondante dans cette localité.
Nous descendons alors dans la vallée en traversant les bois ornés de nombreuses Orchidées : Orchis chlorantha [Platanthera chlorantha]  différant du bifolia [P. bifolia] par ses anthères écartées et divergentes, Orchis fusca [O. purpurea], Orchis militaris, Orchis simia, et un hybride de ces dernières espèces, Ophrys aranifera [O. sphegodes], Ophrys myodes [O. insectifera]. L’Arenaria trinervia et la Stellaria graminea abondent également dans ce bois.
Nous arrivons à la route où la voiture qui nous y attend nous conduit à la Motte-ronde en traversant la vallée où croissent Petasites riparia alors défleuri, Equisetum telmateia [E. maximum de diverses flores]. Nous mettons pied-à-terre à la base d’un mamelon boisé qui porte le nom de Motte-ronde et qui est situé sur la commune de Benais. Partout, l’Helianthemum pulverulentum [H. apenninum]étale ses larges corolles. Anemone pulsatilla  [P. vulgaris], Carex nitida, Linaria supina, Veronica prostrata, Alsine laxa [Minuartia hybrida], Fumana procumbens, Silene conica, sont également très abondants. Il nous faut chercher longtemps pour trouver quelques pieds d’Alsine setacea [Minuartia setacea] (C’était encore trop tôt pour le trouver abondamment). Les bois voisins nous offrent : Prunus mahaleb, Simethis bicolor [Anthericum planifolium], Orchis simia, O. chlorantha [Platanthera. chlorantha], Ophrys aranifera [O. sphegodes], - myodes [O. insectifera], Cephantera ensifolia [C. longifolia].
Le temps nous presse. Messieurs Dumas et Chambert doivent prendre le chemin de fer pour rentrer chez eux. Nous quittons donc à regret cette belle localité et nous nous dirigeons vers Port-Boulet aussi rapidement que le permet la fatigue de notre coursier augmentée par une pluie torrentielle et un vent effroyable nous accompagnant de Bourgueil à Port Boulet. Enfin nous arrivons. Le train est déjà en gare. Nous n’avons que le temps de nous serrer la main en nous félicitant des résultats de nos recherches et en faisant le projet de nous réunir bientôt pour faire de nouvelles excursions.
Après le départ de ces Messieurs, le ciel s’éclaircit et le temps me permet de gagner les rives de la Loire, de passer le fleuve malgré un vent qui rend difficile la direction de la barque, et enfin d’explorer les sables qui bordent la Loire en attendant le départ de la voiture qui doit me conduire à Chinon. Les champs sableux situés sur la commune d’Avoine me fournissent : Cerastium arvense (magnifiquement fleuri), Veronica teucrium (forme à tiges courtes, velues, étalées en cercle et rappelant un peu le V. prostrata), Scrophularia canina, Myosotis stricta, Trifolium molinerii, Trifolium striatum, Carex ligerina, Ornithopus compressus, Muscari comosum, Lupinus reticulatus. La plupart de ces plantes se trouvent un peu plus loin sur le territoire de Savigny, en plus Trifolium subterraneum, Trigonella ornithopodioides. La pluie qui tombe depuis quelques temps déjà augmente d’intensité et me force à retourner à Port-Boulet pour attendre à l’abri le départ de la voiture.
 

Correspondances de collecteurs

Lettre d’Eugène DOUCET, instituteur à Cinq-Mars-la-Pile, 27 juin 1903

Cinq Mars le 27 juin 1903
Monsieur

Je vous adresse par le même courrier un échantillon de Lepidium virginicum L. que j’ai trouvé hier soir à la gare de Cinq-Mars (sur la ligne). J’ai cru en remarquer, en allant à Tours par le train, quelques autres pieds entre St-Genouph et Tours, à quelques distances de la station de St-Genouph, mais cette indication mérite confirmation. Si la plante a été signalée en Indre-et-Loire, elle doit y être rare. Quand vous viendrez à Cinq-Mars, veuillez avoir l’obligeance de me prévenir quelques jours à l’avance car j’ai une foule de plantes à vous montrer et je m’arrangerai de manière à disposer du temps suffisant.
Veuillez agréer, Monsieur, mes civilités respectueuses.
E. Doucet

 

Lettre d’Alexandre MADRELLE, instituteur à Lussault, 22 juin 1906

Lussault, 22 juin 1906
Monsieur et Cher Maître,

J’ai retrouvé dans l’île de la Grange, en face le bourg de Lussault, le pied de Thalictrum : il est à deux  m. du bord de l’île, côté Nord, et appelé à disparaître dans un an ou deux, pas plus. Après examen un peu sommaire, je crois pouvoir affirmer qu’il s’agit de Thalictrum minus sous-variété foetidum L. En effet, il est fétide, légèrement pubescent et la face inférieure des feuilles couvertes de glandes. Ce serait alors une nouveauté pour le département. La floraison n’aura pas lieu avant 2 ou 3 semaines et je crains fort que d’ici là les pêcheurs gâtent cette plante.
Hier, en allant à Tours, j’ai remarqué de très beaux Phelipaea arenaria sur le bord de la route de Montlouis à la Ville-aux-Dames, en aval de Conneuil. J’ai même recueilli un spécimen d’un beau blanc pur et un peu plus pubescent que le type violet. J’ai laissé ce phénomène chez M. Ivolas.
J’ai encore essayé de recueillir le Philipaea coerulea adhérent à l’Achillea. J’ai réussi 2 fois seulement : c’est une affaire extrêmement difficile car cette plante n’adhère qu’aux petites racines et parfois sur 2 ou 3 pieds différents. Je l’ai toujours rencontrée proche de l’Achillea.
À Lussault, on peut indiquer ainsi d’une manière précise son habitat : friches du coteau des Bournais au dessus des carrières – petit bois du clos de Croy.
Abuserais-je de votre obligeance en vous demandant de bien vouloir me recueillir 2 ou 3 spécimens de Garance pour mon herbier scolaire car je crains de ne pouvoir retourner à Chinon avant la floraison.
Veuillez agréer, Monsieur, mes sentiments bien dévoués

A. Madrelle

 

Lettre de Louis AUDEBERT, Jardinier-chef au château de Candé, à Monts, 3 août 1906

Candé, 3 août 1906
Cher Monsieur Tourlet,

J’ai été avisé qu’une herborisation devait avoir lieu le 5 courant à la Ville aux Dames ; je n’ose entreprendre pareille excursion car j’aurais peur de tomber malade par cette chaleur accablante.

J’ai appris que l’Asplenium ruta-muraria (1496) indiqué par moi sur de vieilles arches à l’Ile Auger est de la commune de Chambon et non de Ferrière-sur-Beaulieu. J’ai rencontré de nouveau cette année dans les vieux murs du bourg de Monts cette plante, A. ruta muraria, en assez grande quantité. Je suis allé à la mi-juin pour m’assurer de l’Avena pratensis que je vous avais mentionné sur le coteau du bourg de Monts, J’ai retrouvé cette plante que j’avais cru être la pratensis attendu que je l’avais vue en sec et non déterminée. Je suis obligé d’en rabattre : c’est simplement l’Avena pubescens (1412), elle était déjà passé fleur. J’y ai vu pour la première fois le Carduncellus mitissimus (713) ; enfin le jour de l’herborisation de Candé, j’ai découvert l’Epipactis palustris (1224) que j’ai fait récolter à ces Messieurs Doucet etc, dans de petites fondrières humides autour desquelles les terrains sont sableux. Cet endroit se nomme La Bade, Commune de Monts, près du viaduc de l’Indre. Il y avait là de l’Ophioglossum (1485). Enfin le Luzula albida DC dont j’ai fait voir la station à ces Messieurs avec prière de la respecter, leur promettant la récolte des tiges florales. J’ajoute que depuis, j’en ai retrouvé un autre petit lot 8 mètres plus bas avec une seule tige florale, le tout, bois montueux de Candé près du château. Il est supposable que je n’avais pas vu cette plante fleurir par suite de la grande quantité de lapins qui existaient autrefois et qui sont détruits depuis 3 ans, lesquels dévoraient tout.

Espérant avoir répondu à vos demandes, je vous prie Monsieur, d’agréer mes salutations respectueuses.
Audebert


Orchis odoratissima (1210): trois endroits bien distincts. Face la Valinière à Rochecorbon. ; Bois montueux et secs du Puy près Montbazon ; bois secs entre Truyes et Courçay, rive droite de l’Indre ?

Je vous ai recueilli des Ronces à fleurs blanches, doubles, avec une grande tige feuillée de l’année. Malheureusement, les fleurs sont presque passées. Si vous n’en possédez pas de bien fleuries, il faudra me le faire savoir. Je m’y prendrai mieux l’an prochain, et comme la plante est commune dans l’endroit, ce sera toujours facile d’en avoir. 

 

Lettre d’Henri DUPUY, professeur à l’école normale d’instituteur d’Indre-et-Loire, Loches, sans date (vers 1906-1907)

Loches, sans date (vers 1906-1907)
Cher Monsieur

Voici les renseignements que vous me demandez : Avena tenuis et Festuca arundinacea croissent aux endroits que je vous ai signalés sur le territoire de la commune de Ferrière-sur-Beaulieu.
Je ne saurais vous dire d’une façon précise si Epilobium spicatum est spontané. J’ai trouvé cette plante sur le talus d’une petite arche qui laisse écouler les eaux provenant d’une prairie et de bois voisins, à 50 m d’un four à chaux et sur le bord de la route. Je n’ai pas vu cette plante cultivée dans la région.
Je n’ai pas vu cette année en fleurs l’Oenothera que je vous avais signalée, mais j’ai constaté que cette plante s’était multipliée beaucoup. J’en ai pris quelques jeunes pieds que j’ai plantés dans mon jardin. Ils fleuriront cette année et je pourrai savoir d’une façon précise quelle est cet Oenothera. Fumaria boræi était abondant cette année dans les vignes. Je pense qu’il me sera facile de vous en procurer à divers états de développement quand le moment sera venu.
Je ne connais pas à Loches de lieu-dit Vilmon, mais bien Vignemont. La chapelle de Vignemont est située près du donjon, à la partie la plus élevée du coteau calcaire qui domine Loches.
Le papier-bulle analogue à celui dans lequel étaient fixées les plantes que je vous ai fait parvenir provient de la librairie Royer et fils 80, Bd St-Germain, Paris. Ce papier vaut 8 F la rame. Je me sers du même papier pour chemise.
Je pense avoir répondu aux différentes questions que vous m’avez posées. Si vous avez besoin d’autres renseignements, je suis entièrement à votre disposition.
J’apprends avec plaisir que vous avez donné votre catalogue à l’impression. C’est une publication dont le besoin se faisait vivement sentir et qui comblera de joie les botanistes et les amateurs tourangeaux.
Je vous prie d’agréer, Cher Monsieur, avec mes remerciements pour vos déterminations, l’assurance de mes sentiments les meilleurs et les plus dévoués.
H. Dupuy